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Santé mentale : plus de 70 % des personnes atteintes de troubles psychiques privées de soins adéquats
Aujourd'hui, 07:36

La Côte d’Ivoire prépare une loi pour protéger les patients atteints de troubles mentaux et améliorer leur accès aux soins

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Plus de 70 % des personnes vivant avec un trouble psychique en Côte d’Ivoire n’ont pas accès à des soins adéquats, selon les données présentées par le Programme national de santé mentale (PNSM) et la direction de l’Hôpital psychiatrique de Bingerville (HPB), une situation qui renforce la nécessité de mettre en place un cadre juridique spécifique pour améliorer leur prise en charge et garantir leurs droits.

Face à cette problématique, le ministère de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle a engagé l’élaboration d’un avant-projet de loi relatif à la prévention et à la prise en charge des personnes atteintes de troubles mentaux.

Dans cette perspective, un atelier organisé du 15 au 17 octobre 2026 à Abidjan-Cocody, a réuni des psychiatres, des psychologues, des juristes, des représentants de plusieurs ministères et des acteurs de la société civile, en vue de définir les principales dispositions de ce futur texte.

Cette initiative, conduite à travers la Direction des affaires juridiques et du contentieux (DAJC) et le PNSM, vise à répondre aux difficultés du secteur, notamment l’insuffisance des structures de soins et du personnel spécialisé, la stigmatisation des personnes atteintes de troubles mentaux et le recours important aux structures non conventionnelles.

Selon les données présentées au cours des travaux, plus de 500 structures non conventionnelles, notamment des camps de prière et des centres de tradithérapie, ont été recensées dans le pays, contre une trentaine de centres de soins conventionnels.

Les professionnels de santé sont également confrontés à des ruptures d’approvisionnement en médicaments psychotropes essentiels, à la vétusté des infrastructures et à l’abandon de patients stabilisés par leurs familles. À ces difficultés s’ajoute l’absence d’un cadre juridique spécifique encadrant certaines pratiques, notamment les hospitalisations sans consentement et les mesures de contention.

Les premiers travaux ont ainsi permis de définir plusieurs orientations majeures pour l’avant-projet de loi. Il s’agit notamment de préciser les modalités d’admission des patients, qu’il s’agisse de soins libres, de soins à la demande d’un tiers ou de soins d’office en cas de péril imminent, tout en garantissant un contrôle judiciaire destiné à préserver les libertés individuelles.

Le texte prévoit également de renforcer la protection des patients contre les traitements dégradants, notamment l’usage de chaînes, et de soumettre les structures privées, communautaires et confessionnelles à des procédures d’agrément et d’inspection, assorties de sanctions en cas de maltraitance.

L’amélioration de l’accès aux médicaments constitue un autre axe prioritaire, à travers l’établissement d’une liste nationale de psychotropes essentiels disponibles à des coûts abordables et leur intégration au dispositif de la Couverture maladie universelle (CMU).

En matière de prévention et de réinsertion, l’avant-projet envisage l’intégration de programmes de santé mentale dans les milieux scolaire, universitaire, professionnel et carcéral, ainsi que la mise en place de mécanismes de formation, d’accompagnement et d’insertion socioprofessionnelle pour les patients stabilisés.

À l’issue de cette phase de concertation, la Direction des affaires juridiques et du contentieux devra finaliser le document avant sa transmission au Gouvernement et à l’Assemblée nationale.

L’adoption de cette loi constituerait une étape importante dans l’évolution du système de santé mentale ivoirien, en contribuant à améliorer l’accès aux soins, à renforcer la protection des personnes concernées et à promouvoir une prise en charge respectueuse de leurs droits et de leur dignité.

 

Lambert KOUAME

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